Conférence historique à Madrid organisée par CAP International pour promouvoir le modèle abolitionniste en Espagne
16 juin 2022A l'occasion de la semaine abolitioniste en Espagne, CAP International a organisé le 15 juin une conférence historique à Madrid réunissant 9 survivantes de la prostitution de 7 pays, des représentant·e·s de la Suède, de la France, de l'Espagne, de l'OSCE et 35 organisations de base et dirigées par des survivantes. Cet événement s'est déroulé dans la continuité des efforts de plaidoyer accrus déployés par CAP International et ses membres espagnols, pour faire pression en faveur d'une législation abolitionniste dans le pays.
« L'argent ne vous rend pas moins délinquant sexuel. »
- Amelia Tiganus, auteure de La revuelta de las putas et l'une des 9 survivantes de la prostitution du monde entier qui se sont rassemblées à Madrid.
Une proposition de loi pour abolir la prostitution en Espagne
La conférence a eu lieu huit jours après l'admission au Parlement espagnol d'un projet de loi abolitionniste qui inclurait la poursuite de toutes les formes de proxénétisme, la pénalisation de l'achat d'actes sexuels et la reconnaissance d'un statut de victime pour les personnes prostituées, ouvrant l'accès à un ensemble de droits créés dans les articles 32 à 55 de la loi nouvellement adoptée « solo si es si ».
Dans le détail, ces nouveaux droits pour les victimes de la prostitution, également accessibles aux Espagnols et aux étrangers, y compris l'aide médicale, psychologique, économique et de logement d'urgence, l'aide médicale d'urgence, l'aide psychologique et l'aide au logement, droit à l'information, aux services d'assistance, à l'accès aux droits des victimes en situation administrative irrégulière, à la reconnaissance de l'existence de violences sexuelles, aux programmes de réinsertion professionnelle, à l'aide économique aux victimes, à la protection policière, à l'information et à l'information, accompagnement dans le domaine judiciaire, réparations et indemnisations, création d'un fond de réparations pour les victimes.
Un pas en avant vers le soutien de tous les partis à une loi abolitionniste
« L'abolition est un chemin qui a commencé en Espagne, » s'est adressé le député PSOE, Andrea Fernandez, confiant que le projet de loi recueillerait un large soutien.
« Nous partageons une aspiration : que notre pays rejoigne les pays abolitionnistes qui sanctionnent le proxénétisme, exigent et protègent les victimes » a rappelé pour sa part Marta Gonzalez, députée du Partido Popular.
Toutes deux ont souligné la pression qu'elles subissaient de la part d'« hommes d'affaires » qui les appelaient pour les avertir de ne pas suivre cette voie législative. Le directeur exécutif de CAP International, Jonathan Machler, a exprimé le soutien de la coalition au projet de loi : « C'est une opportunité majeure que nous avons et nous devons la soutenir. »

Des représentant·e·s de la Suède, de la France et de l'OSCE en soutien au projet de loi abolitionniste

Le dernier panel réunissait des représentant·e·s de la France, de la Suède et de l'OSCE. L'ambassadeur itinérant de France pour les menaces criminelles transnationales, Jean-Claude Brunet, a expliqué l'expérience abolitionniste dans le pays voisin, depuis 2016. Il a souligné l'effet normatif de la loi : « Quatre-vingts pour cent de la population française soutient la loi en 2019. » Il a en outre appelé à « criminaliser l'achat de services sexuels avec récidive comme circonstance aggravante. Dans mon pays, nous avons infligé des amendes à 8000 acheteurs de sexe en 6 ans et très peu ont récidivé. »
« L'achat de services sexuels est endémique, » a rappelé Valiant Richey, Coordonnateur de l'OSCE pour la lutte contre la traite des êtres humains, Représentant spécial et Coordonnateur de la lutte contre la traite des êtres humains. Il représente un volume annuel de 3,7 milliards d'euros en Espagne. « 80 % des femmes arrivent par le biais de la traite selon la police espagnole », a-t-il rappelé à l'auditoire. Il a appelé à une « législation qui pénalise la demande de prostitution » comme l'un des « outils les plus efficaces nécessaires pour prévenir l'exploitation sexuelle. »
Enfin, l'ambassadrice itinérante de Suède pour la lutte contre la traite des personnes, Anna Ekstedt a rappelé que son pays avait été la première nation au monde, en janvier 1999, à sanctionner ces qui achètent du sexe et non ceux qui en vendent. « Une question très liée au genre. Tout est venu du mouvement féministe en Suède, » a-t-elle expliqué. Le pays nordique tente maintenant d'augmenter pénalités pour les acheteurs. « 72 % de la population suédoise est favorable à cette loi et elle en a 100 % soutien au Parlement (...) En Espagne, 40 % des hommes ont déclaré avoir acheté des services sexuels au moins une fois dans leur vie. En Suède, après 20 ans d'un modèle abolitionniste, ce chiffre est de 9 %.
Retrouvez ci-dessous notre appel national et international de survivantes de la prostitution pour l'abolition de la prostitution en Espagne.