« L'égalité en action » : 4e Congrès mondial de CAP pour l'abolition de la prostitution
20 juin 2024Le plus grand congrès mondial sur l'abolition de la prostitution
Du 1er au 3 juin 2024, le 4e Congrès mondial pour l'abolition de la prostitution de CAP International, le plus grand événement abolitionniste au monde, s'est tenu à Montréal, au Canada.
Intitulé « Égalité en action ! », ce congrès faisait suite aux congrès précédents organisés à Paris (2014), New Delhi (2017) et Mayence (2019). Il était organisé par CAP International et ses quatre membres nord-américains :
- La CLES, Montréal - Canada
- Vancouver Rape Relief, Vancouver - Canada
- Eva Center, Boston - États-Unis
- Breaking Free, Minnesota - États-Unis
« Nous avons intitulé ce congrès « Égalité en action », car pour nous, la prostitution est le contraire de l'égalité. Il s'agit d'un système de domination des hommes sur les femmes, en particulier les femmes les plus pauvres, les plus marginalisées et les femmes de couleur. Tant que la prostitution existera, il n'y aura pas d'égalité. » — Jonathan Machler, directeur, CAP International
Organisé sur deux jours, le congrès a réuni une coalition exceptionnelle de survivantes, de chercheuses, de travailleuses de première ligne, de militantes, de parlementaires et de responsables publiques.
Panels thématiques et une décennie de progrès
Au cours de ces deux jours, le congrès a proposé neuf panels thématiques et accueilli 35 experts, dont des survivantes, des leaders autochtones, des syndicalistes, des universitaires, des législateurs et des professionnels de première ligne, afin de discuter de stratégies et de partager leurs expériences vécues.
Parmi les thèmes abordés figuraient :
- Les femmes autochtones contre le commerce du sexe
- Prostitution, patriarcat et néolibéralisme
- Last Girl First : la prostitution à la croisée des oppressions sexiste, raciste et de classe
- La pornographie et la violence à l'égard des femmes
- Lutter contre la demande d'achat d'actes sexuels
- La marchandisation des femmes dans le contexte des événements sportifs
- Soutenir les voies de sortie pour les femmes prostituées
- Défendre l'abolition de la prostitution
- Le point de vue d'une parlementaire sur la prostitution et les droits des femmes
Sabine Reynosa
Sabine Reynosa, syndicaliste de la CGT en France, a évoqué la nécessité de promouvoir un « travail décent », qui soit protégé par le droit à la santé, à la sécurité et à l'intimité, un travail où chacun puisse gagner sa vie sans être soumis à des humiliations, des viols et des tortures. Elle a rappelé l'importance des mots et la nécessité de rejeter les euphémismes ultra-capitalistes tels que « travail du sexe » pour décrire la violence.

« En tant que syndicalistes, nous avons lutté contre les salaires de misère, les horaires de travail excessifs et les conditions dangereuses, sans jamais accepter le « volontariat » comme justification. Nous savons à quoi les personnes vulnérables peuvent être contraintes de consentir. Il est temps de dénoncer et de combattre le concept de « travail du sexe ». Derrière ces mots se cache aujourd'hui le cheval de Troie le plus efficace pour démanteler tous les acquis sociaux et approfondir les systèmes de domination. »
Mel Thompson
Mel Thompson, survivante et militante, a souligné l'impact disproportionné du système de prostitution sur les personnes les plus marginalisées de la société, en abordant les vulnérabilités et les discriminations qui ont constitué un terrain fertile pour les abuseurs, qu'il s'agisse de proxénètes ou de trafiquants.

« Les femmes noires aux États-Unis représentent 6 % de la population totale, mais 91 % de la population prostituée. »
Reem Alsalem
Reem Alsalem, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes, a souligné l'intersection des discriminations dans le système de prostitution :
« La société a accepté que les femmes et les filles les plus marginalisées, comme nous l'avons entendu, les femmes noires, racisée, migrantes, autochtones, soient surreprésentées dans la prostitution, légitimant ainsi la violence à leur égard et leur exploitation en normalisant le système de prostitution comme moyen de subsistance et de survie. »
Dans la perspective du championnat d'Europe de football organisé par l'Allemagne, le Bundnis Nordisches Modell (l'Alliance pour le modèle nordique en Allemagne) a lancé sa campagne « Carton rouge pour les acheteurs de sexe » pendant le congrès, appelant les hommes à ne pas acheter de femmes et de filles pendant cet événement sportif.

Toutes les interventions des différents panels sont disponibles en replay sur notre chaîne Youtube.
Chaque session a favorisé des échanges dynamiques, le partage de connaissances pratiques et un nouvel élan en faveur de changements juridiques et culturels vers l'égalité et la dignité humaine.
Célébration de 10 ans de progrès
Le congrès de cette année revêtait une importance particulière : il marquait à la fois le 10e anniversaire de CAP International et une décennie depuis l'adoption de la loi abolitionniste canadienne.
Ces étapes importantes ont été l'occasion de réfléchir, de reconnaître et de réaffirmer notre engagement. Le réseau mondial de CAP International et ses partenaires de longue date ont célébré une décennie de plaidoyer, d'actions menées par des survivantes et de résilience face à des systèmes de violence persistants, ainsi que des réalisations majeures.
L'Appel de Montréal pour l'abolition de la prostitution
Au cœur du congrès figurait la publication de l'Appel de Montréal, une déclaration des survivantes, des travailleuses de première ligne, des syndicalistes, de la société civile et des citoyens engagés pour exiger l'abolition du système de prostitution au Canada et dans le monde.
Cet appel a souligné l'existence d'un mouvement mondial uni et déterminé à mettre fin à la prostitution, ancré dans la lutte pour l'égalité entre les femmes et les hommes, la justice sociale et contre le racisme.
Un monde sans prostitution est possible
À l'issue du congrès, les participants sont repartis avec un engagement renouvelé et une solidarité mondiale. Le message était clair : un monde sans prostitution est non seulement nécessaire, mais aussi possible.
Ce mouvement continuera de croître, porté par la conviction inébranlable qu'aucune égalité ne sera possible tant qu'une seule femme pourra être achetée ou vendue.